[EDF] Interview d'Arnaud Ramsay sur Laurent Blanc

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[EDF] Interview d'Arnaud Ramsay sur Laurent Blanc

Message  ReC le Ven 20 Avr - 14:35

Même si Laurent Blanc a refusé de répondre à ses questions, Arnaud Ramsay livre une enquête passionnante sur le personnage Laurent Blanc. Le journaliste dévoile un personnage plus ambigu qu'il n'y paraît.

Arnaud Ramsay, qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans cette enquête sur Laurent Blanc ?
C’est un homme de football. Ce fils de délégué syndical CGT m’a permis de faire un très très beau voyage en ballon. Il a fait neuf clubs, plusieurs à l’étranger. J’ai découvert un personnage un peu sur la défensive, un peu fuyant, c’est peut-être dû à ses origines cévenoles où on ne se livre pas forcément d’un coup. Ce qui est marrant, en ayant travaillé sept ans à France Football puis dans d’autres supports de football, c’est que journalistiquement, à part Pierre Ménès, je connaissais peu de journalistes avec qui il accrochait. Des joueurs comme Emmanuel Petit se servait un peu de Clairefontaine comme d’une thérapie pour se livrer, j’ai fait la bio de Lizarazu, Djorkaeff ou Anelka... Ce sont des joueurs avec qui on pouvait échanger et discuter. Blanc, il y avait toujours une sorte de distance naturelle. Je me suis rendu compte que ce n’était pas feint, que ça cachait une sorte de complexe d’infériorité. Cette distance qu’il impose et ce surnom de Président, c’est en décalage avec le vrai Laurent Blanc, un fils d’ouvrier qui s’est élevé tout seul. Cette distance-là, je l’ai un peu mieux comprise en plongeant dans ses racines.

Laurent Blanc avait une certaine forme de charisme quand il était joueur. C’était avec Deschamps le patron des Bleus de 1998…

Il avait un charisme. L’ambiguïté pour moi, c’était qu’on disait que les deux tauliers des Bleus étaient Blanc et Deschamps. C’est vrai mais pour moi le vrai mec qui faisait le lien entre le coach et les joueurs, le capitaine, celui qui parlait, c’était Didier Deschamps. Deschamps était déjà un entraîneur naturel. Ça n’a surpris personne qu’à la fin de sa carrière il prenne Monaco. Blanc était un leader, avait du charisme, mais sur le terrain ! C’est ce que me dit dans le livre Lilian Thuram, avec qui il a eu une belle bataille sur l’affaire des quotas. Il décrit pour moi assez bien Laurent Blanc : dans le groupe France, Blanc parlait très peu, mais quand il parlait, on l’écoutait. Il avait un charisme différent de Deschamps. Ce n’était pas le taulier dans la vie de groupe. C’était quelqu’un d’assez discret mais c’est quelqu’un qui gagne. Le respect qu’il a acquis auprès de ses joueurs aujourd’hui, c’est par son palmarès et l’aura qu’ont les champions du monde. Mais pour lui, ça a été long. C’est ce qui est intéressant avec Blanc. Dans le chapitre « la parenthèse désenchantée », je montre que quand Deschamps arrête, il prend Monaco trois jours après. Blanc, ça a été un parcours où il s’est cassé les dents pendant quatre ans : l’équipe de France, l’OM, Auxerre, Saint-Etienne ou Monaco lui passent sous le nez. Il est charismatique, mais n’a pas un parcours lisse.

Le monde du football, contrairement à ce qu’on pourrait penser n’est pas toujours fan de Laurent Blanc à l’image de Louis Nicollin… Blanc se sent-il bien dans ce milieu ?
Oui et non. C’est pour ça qu’il est intéressant. J’ai fait ce bouquin car il est sélectionneur national. Il fait semblant de ne pas comprendre pourquoi on s’intéresse à lui, mais c’est un poste ultra médiatique ! Je ne me serais pas intéressé à son parcours s’il n’avait pas ce poste-là.

Vous ne vous y seriez pas intéressé si tout avait été parfait dans la carrière de Blanc ?
Son parcours est plein d’incohérences. Par exemple, il est associé à Jean-Pierre Bernès ce qui lui cause aussi des problèmes. Beaucoup de gens ne comprennent pas comment quelqu’un qui a une image de droiture comme Laurent Blanc soit associé à quelqu’un qui, même s’il a purgé sa peine, est un de ceux qui a organisé la corruption dans le football. Blanc, je le raconte, lors de France-Bulgarie, tout le monde se focalise sur Cantona et Ginola, mais le dernier qui rate son tacle sur Kostadinov, c’est Laurent Blanc qui passe au travers de son match et qui décide d’arrêter sa carrière en Bleus momentanément. C’est quelqu’un aussi qui est chassé de l’OM contre son gré par Courbis. C’est quelqu’un qui rate le match de sa vie le 12 juillet pour une injustice. C’est quelqu’un qui est repoussé sèchement par Christophe Bouchet. Quelqu’un qui rate sa finale de la Coupe de l’UEFA avec l’OM en faisant une passe en retrait mal ajustée. Son parcours en clubs à Naples, Saint-Étienne ou Nîmes, n’a pas été un triomphe. Ce n’est donc pas une carrière linéaire. Quand l’éditeur m’a contacté, on m’a dit, avec ses lunettes et son côté austère et sérieux qui ne se marre pas, on a l’impression d’un personnage assez lisse et consensuel. Mais il y a un décalage. Avec Nicollin il devrait y avoir une filiation. Blanc fait partie des premières promotions du centre de formation, il est capitaine du premier Montpellier qui gagne un titre, meilleur buteur du club, et pourtant, comme souvent avec Blanc, ça ne se finit pas toujours très bien. A Bordeaux, il y a six mois de trou d’air. Tavernost et Triaud écornent un peu le mythe. Nicollin lui reproche de ne pas avoir pris Montpellier comme première expérience de coach. A l’Euro, si s’il y a plantage, on va rester encore sur notre faim. Il est donc complexe et fascinant, loin de l’image lisse qu’il renvoie.

A la lecture de cet ouvrage on comprend mieux pourquoi Le Graët a une vraie réflexion sur l’avenir de Laurent Blanc…
Cette histoire, c’est une des ambiguïtés de Blanc. Il signe un contrat de deux ans en disant que sa mission est de qualifier les Bleus pour l’Euro. C’est accompli, bravo. Et puis quelques mois après, il change de discours en disant qu’il veut être fixé avant l’Euro. Dans l’interview un peu complaisante dans Le Parisien donnée cette semaine, quand il dit qu’il aimerait continuer mais qu’il pourrait signer ailleurs, ça me fait penser à Sarkozy qui annonce vouloir arrêter la politique : personne n’y croit ! Mais Le Graët est président de la Fédé, il a beaucoup de salariés : il n’a pas engagé Laurent Blanc, il touche 110 000 euros par mois, il n’est pas toujours très joignable, pas toujours très conciliant et il ne fait pas jouer l’équipe de France de manière extraordinaire. Lui dit : « J’ai envie de prolonger Blanc si j’ai un Euro satisfaisant. » C’est un jeu médiatique. Le Graët est un politique qui pense à ses élections de décembre. Je comprends le discours de Le Graët. Là où ce dernier est ambigu, c’est qu’il a proposé à Blanc de prolonger après la qualif'. Mais ça n’a jamais été dit officiellement. Dans ce cas-là, pourquoi Blanc n’a pas prolongé ? Avec Blanc, il y a toujours un petit goût d’inachevé.
« Son rêve ultime ? Barcelone »

Il a aussi dit qu’il ne resterait pas beaucoup dans ce milieu…
C’est dur d’avoir un plan de carrière dans un milieu aussi volatile que celui du foot. Mais après quatre ans, je ne dirais pas de « vaches maigres » mais presque, personne ne lui a tendu la main et il s’est dit qu’il ne resterait pas longtemps dans le milieu. Après, je pense qu’il est en train d’y prendre goût. A la différence d’autres, je ne pense pas qu’il serait capable de faire autre chose ailleurs que dans le milieu du football même si, financièrement, il est à l’abri du besoin.

Quel est son plan de carrière ?

Son plan de carrière idéal, il est en train de se dérouler : un grand club français ? Bordeaux. Une sélection ? L’équipe de France. Ensuite ? Un grand club européen et tant qu’à faire Manchester United ou l’Inter Milan. Je pense que l’équipe de France est le poste qui lui convient le mieux pour jouer au golf et rester en famille, pour superviser quelques matchs même s’il n’est pas trop assidu dans les stades. Quand il dit dans Le Parisien qu’il voit tous les matchs sur Ipad… L’équipe de France, ça lui correspond : c’est ambitieux, prestigieux et plutôt correctement rémunéré. Ferguson en ferait bien son successeur mais pas avant trois ans. Mais Blanc n’est pas un bâtisseur, il est très exigeant. Blanc, par rapport à ce qu’il a connu, ne veut que du top. Après Bordeaux, c’est difficile de prendre un autre club en France. Son plan idéal c’est peut-être de diriger les Bleus jusqu’en 2016, ça aurait du panache avec l’Euro en France. Et après un grand club étranger comme Manchester ou, son rêve ultime, Barcelone, une ville qu’il aime. Il apprécie sa philosophie. C’est son idéal de club.

On a sous-entendu que Blanc aurait pu démissionner suite à l’affaire des quotas… Qu’en est-il ?
Je me fie à ce que me dit Jean-Pierre Bernès (l’agent de Blanc, ndlr) que je trouve digne de confiance sur ce sujet : ça ne lui a jamais traversé l’esprit. Mais il a été meurtri. Bernès compare ça, toutes proportions gardées, à ce qu’il a vécu dans l’affaire OM-VA. Il n’a pas été bon dans cette affaire au niveau de la communication : faire une conférence à Bordeaux pour dire « je n’ai jamais dit ça » alors que Mediapart sort les verbatim de ses propos montre qu’il n’a pas pris ça au sérieux. D’un débat sur les binationaux, c’est devenu, « Laurent Blanc est-il raciste ? ». Et il a été pris par le truc, broyé. Quand il est parti en cure prévue à Merano (Italie, ndlr), ça a été perçu comme une fuite en avant. Quand il s’est offert huit minutes de communication sur TF1 où Bernès et Jacques Bungert ont choisi sciemment Claire Chazal pour son empathie, il était préparé mais très touché, atteint. A-t-il songé à démissionner ? Je pense qu’il s’est dit qu’il n’avait pas fait ce métier-là pour ça. Ses proches ont été meurtris. Ses proches disaient : « j’ai peur qu’il démissionne. » Mais personne n’a dit : « il va démissionner. » Les gens disaient, « avec tout ce qu’il se prend dans la gueule, il est capable de démissionner ! » C’est ce qu’avait dit Lizarazu en déclarant : « s’il démissionne c’est dix ans de chaos. » Mais il a été meurtri. Et ça l’a changé dans sa personnalité qui était déjà très sur la réserve. Des journalistes qui le connaissent depuis 25 ans comme Jean-Marie Lanoë (France Football, ndlr) disent que c’est un mystère encore pour eux. Ce côté sur la réserve, il l’a encore développé avec l’affaire des quotas. Le lendemain de son intervention, DSK a été arrêté et Ben Laden a été tué. C’est triste, mais une actualité a chassé l’autre. Blanc a été emporté dans la tourmente parce qu’il n’y avait pas grand-chose à l’époque...
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